Article - Sorayama transforme le major en déesse métallisée

Crédits: Jonathan Shih /

Crédits: Jonathan Shih /

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Janvier 2026. Au sommet de sa tour de cristal, le Tokyo Node accueille une exposition dédiée à la franchise Ghost In The Shell. On y trouve une sculpture inédite de l’artiste Hajime Sorayama qui reprend le poster iconique du film d’animation réalisé en 1995 par Mamoru Oshii. En en faisant le tour, Jonathan Shih prend ce cliché de dos.

Sur l’affiche originelle, l’héroïne est nue, avachie au sol, mais toujours cramponnée à son arme, son enveloppe de chair déchirée, révélant son intérieur mécanique relié à d’épais câbles électriques. C’est à travers eux que son esprit pourra s’émanciper de sa coquille et se fondre dans le cyberespace.

Ici, on revient à la vision plus fétichiste des pages du manga initial, créé en 1989 par Masamune Shirow. La chair meurtrie a laissé place aux courbes chromées des gynoïdes qui ont fait la renommée de Sorayama. Privée de son fusil d’assaut, la redoutable guerrière se transforme en simple pin-up. Cette armure immaculée, sans plus aucune aspérité, érige la machine en déesse fantasmagorique. On peut alors se demander — et le point de vue du photographe est ici d’autant plus frappant — si les câbles qui la rattachent aux serveurs de la planète, ne l’asservissent pas plus qu’ils ne la libèrent ; s’ils ne la vident pas plus qu’ils ne l’alimentent. Une réflexion à laquelle nous autres humains, affleurant dans ses reflets metallisés, sommes plus que jamais invités à prendre part.