Crédits: Amos Fricke /
Crédits: Amos Fricke /
Crédits: Amos Fricke /
020226
Il y a quelques années, l’imagerie générative était clairement identifiable. Ses pixels souvent aussi maladroits que balbutiants n’étaient qu’un leurre grossier pour notre œil émérite. Généré en décembre 2025 par le photographe Amos Fricke, ce cliché nous prouve que les algorithmes ont réussi leur coup et que toute distinction entre réel et virtuel est désormais vaine.
Alors certes, cela fait déjà quelques temps que les matériaux sont sublimés et parfaitement reproduits par les logiciels 3D, en particulier dans l’imagerie de luxe – c’est d’ailleurs de là que vient notre photographe. Mais ce qui change avec les systèmes génératifs, c’est le statut de l’image. Elle devient plus aléatoire que réfléchie, plus calculée que façonnée, plus prosaïque que poétique.
Pourtant ce cliché récuse ces qualificatifs en dégoulinant de matière. Et quelle matière! La substance originelle des peintres et des imprimeurs! On pense aux premiers pigments étalés sur les roches préhistoriques ou encore à un fond de palette qu’on aurait pris en macro. On pense aussi à un cratère volcanique appartenant à une planète inhospitalière à la surface irisée. La nôtre peut-être bientôt. Car bien que factices, cette matière asséchée et ce paysage tellurique ancrent irrémédiablement ce cliché dans le réel en nous rappelant la soif énergétique des serveurs qui ont été nécessaires à sa production.